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OLGA MESA, PORTRAIT


Source : Manège de Reims (http://www.manegedereims.com)

Texte : L'INTIMITÉ, INFINIMENT

S'il fallait donner seulement trois noms de chorégraphes espagnols contemporains, il faudrait choisir ces trois femmes-là. Sans hésiter : La Ribot, Olga Mesa et Monica Valenciano. Une triade singulière de personnalités créatives définitivement originales. Elles se connaissent et s'inspirent d'ailleurs, même si elles sont aujourd'hui bien éloignées l'une de l'autre. La première vit à Londres d'où elle irradie sur tous les plateaux d'Europe, comme l'égérie d'une hispanité savoureuse, insolente et inventive. La dernière, recluse volontaire dans son propre univers, est une surdouée qui ne s'intéresse ni au succès, ni aux réseaux, mais uniquement à l'étrangeté de son monde, archi-personnel et virtuose. Olga Mesa se situe à mi-chemin entre ces deux parcours.

Poétique, obstinée dans sa recherche d'authenticité, Mesa explore toujours plus intensément ce besoin de se rendre visible, cette nécessité, pour exister, du regard de l'autre. Non, la confidentialité ne l'intéresse plus. Elle se demande aujourd'hui comment partager, rendre compréhensible, perceptible, c'est-à-dire lisible, son intimité. La sienne propre bien sûr. Mais également – par ricochet, effet de miroir, ou principe de vases communicants – celle du spectateur.


« On continue? »
Sa manière à elle d'interroger l'intime, c'est l'aller-retour constant entre la réalité et la fiction. Est-elle en train de parler d'elle ? Oui, bien sûr. D'autant qu'elle souligne que c'est elle qui parle en ce moment, devant nous, en situation de représentation ; que c'est elle face au public, devant cette audience tendue dans une attente qu'elle devra satisfaire. Puisqu'elle le dit, on est bien dans un principe de réalité, non ? Mais il n'y a rien à faire, on est au théâtre. La barrière magique entre plateau et gradins (bancs, chaises ou vagues coussins) existe toujours. Le fascinant décalage entre l'interprète, le personnage (fût-il elle-même) et Olga à la ville persiste. Et c'est de cela que la chorégraphe joue avec mæstria. Elle chatouille sans cesse cette petite distance qui donne au sens de ses gestes et de ses mots un relief particulier. (...)

Caroline Coutau




Inséré le : 06/12/2004 00:00